L’histoire de la pâtisserie : d'où viennent nos gâteaux préférés ?

On adore les belles pâtisseries, mais on oublie souvent qu'elles ont chacune une histoire, parfois vieille de plusieurs siècles. D'où vient la madeleine ? Pourquoi un gâteau s'appelle-t-il « financier » ? Qui a eu l'idée un peu folle du Paris-Brest ? On t'emmène faire un petit voyage gourmand dans l'histoire de la pâtisserie, des premières galettes cuites sur la pierre jusqu'à l'opéra au chocolat.

Spoiler : c'est avant tout une histoire de mains, d'ingrédients qui voyagent et de gens qui, avec de la farine, des œufs et un peu de sucre, ont eu envie de faire plaisir. C'est-à-dire… pas mal exactement ce qui nous fait lever le matin.

Tout commence par une galette

Bien avant les vitrines et les comptoirs, il y a la galette. Dès l'âge de pierre, on moud déjà des grains pour en faire une pâte qu'on cuit sur des pierres chaudes. Rien de sucré encore : ça viendra plus tard, dans la Grèce antique, quand le miel et le fromage s'inviteront dans la recette. C'est là, dit-on, que naît le lointain ancêtre de notre gâteau au fromage.

Les Romains, eux, l'emportent dans leurs bagages au fil de leurs conquêtes, jusqu'aux régions du Nord. Et comme toute bonne recette, elle se transforme partout où elle passe : les Italiens y mettront de la ricotta ou du mascarpone, les Français de la faisselle. Bien plus tard, de l'autre côté de l'Atlantique, les Américains inventeront le cream cheese — au XIXᵉ siècle — puis le cheesecake, qui a fini par voler la vedette au gâteau au fromage d'origine.

Première leçon de cette histoire : une pâtisserie, ça voyage, ça s'approprie, ça se réinvente sans arrêt. 

Le sucre débarque — et change tout

Au Moyen Âge, un ingrédient venu d'Orient met le feu aux cuisines : le sucre, rapporté de Syrie par les Croisés. Ajouté à la farine, aux œufs et au beurre, il ouvre soudain un champ de possibilités quasi infini.

C'est aussi l'époque des premières guildes. Au XIIIᵉ siècle, les oublayeurs, les tout premiers pâtissiers, confectionnent des oublies (de fines gaufres roulées en cornet), des échaudés et des beignets. Du côté d'Amiens, on grignote déjà les darioles, ces tartelettes de crème couvertes d'une bande de pâte : les ancêtres directs des flans pâtissiers. Faits de farine, d'œufs, de sucre, de lait et de vanille, ces desserts tout simples se retrouvent aujourd'hui aux quatre coins du monde : pastéis au Portugal, dàn tà en Chine, custard en Grande-Bretagne.

On raconte aussi que le muffin serait né au Pays de Galles. Son nom viendrait, paraît-il, de l'ancien français mouflet pour « mou et tendre ». Bleuets, chocolat, citron ou nappé d'un glaçage : disons qu'il a fait du chemin depuis.

Renaissance : le Mont-Blanc, le financier et le millefeuille

À la Renaissance débarque une douceur d'hiver aussi chic que son nom : le Mont-Blanc, emprunté au plus haut sommet des Alpes. Meringue, chantilly et crème de marrons en fines vermicelles. Son origine ? Un beau mystère. Douceur italienne arrivée en France vers 1620. 

Le XVIIᵉ siècle, lui, raffine tout, et nous donne deux monuments.

Et pourquoi l’appelle-t-on le financier ? La légende attribue ce petit gâteau aux sœurs Visitandines — d'où son tout premier nom, « visitandine ». Fait de blancs d'œufs, de poudre d'amande et de beurre noisette, il ne connaîtra pourtant le succès que bien plus tard, vers 1890. Un pâtissier parisien installé près de la Bourse lui donne sa forme de petit lingot doré, et les financiers du quartier se l'arrachent. Le nom lui est resté.

Le millefeuille, lui, a eu la gloire à retardement. On en trouve une première recette dès 1651, sous la plume du cuisinier François Pierre de La Varenne. À l'époque, sa crème est parfumée au kirsch et au rhum, sans vanille. Il faudra attendre 1867 et la boutique d'Adolphe Seugnot, rue du Bac à Paris, pour que Paris en entier tombe amoureux de ses feuilles croustillantes et de sa crème onctueuse.

Ces gourmandises nées au couvent : canelé et madeleine

Fait cocasse : plusieurs de nos douceurs préférées seraient nées dans le calme des cuisines de couvent.

Le canelé, par exemple. La tradition bordelaise raconte que des religieuses récupéraient le blé tombé des cales des navires pour confectionner ces petits gâteaux à la croûte caramélisée et au cœur tout moelleux, qu'elles offraient aux plus démunis. Longtemps oublié, il est redevenu au XXᵉ siècle l'un des grands symboles gourmands de Bordeaux.

D'où vient la madeleine ? La légende la plus tenace la fait naître au XVIIIᵉ siècle, au château de Commercy. Un soir de réception, les desserts prévus finissent par terre; une jeune servante “Madeleine”, aurait sauvé la soirée avec des petits biscuits tenus de sa grand-mère. Vraie ou pas, l'histoire est trop belle pour ne pas la raconter. Ce qui est sûr, c'est que la madeleine est devenue, pour bien des gens, le goût même de l'enfance.

Le XIXᵉ siècle : Carême, l'éclair et la bûche de Noël

Le XIXᵉ siècle, c'est celui des grandes signatures. Antonin Carême, souvent appelé le père de la pâtisserie moderne, perfectionne le feuilletage et met de l'ordre dans tout le métier. C'est aussi à cette époque que s'impose l'éclair : cette fine pâte à choux garnie de crème et nappée d'un glaçage, si bonne, paraît-il, qu'on la mange « en un éclair ». Chocolat, café, chantilly : il ne s'est jamais arrêté de se réinventer.

La même époque nous offre la bûche de Noël. À l'origine, une vraie bûche de bois qu'on brûlait dans l'âtre le soir du 24 décembre, en l'arrosant de sel ou de vin pour bénir les récoltes à venir. Vers la fin du siècle, des pâtissiers parisiens ont l'idée de traduire la coutume en dessert : une génoise roulée, garnie de crème au beurre, façonnée en bûche. On connaît la suite, elle n'a jamais quitté nos tables des Fêtes.

Le XXᵉ siècle : le Paris-Brest et l'opéra

En 1891, on inaugure une grande course cycliste reliant Paris à Brest — 1 200 kilomètres, rien que ça. Un pâtissier de Maisons-Laffitte, Louis Durand, imagine alors un dessert à la hauteur de l'exploit : une couronne de pâte à choux, en forme de roue de vélo, garnie de crème mousseline pralinée. Le Paris-Brest était né, et il roule encore.

Impossible enfin de refermer le livre sans parler de l'opéra, sommet des gâteaux au chocolat. Fines couches de biscuit joconde imbibé de café, ganache puissante, crème au beurre : tout l'art tient dans cette idée de goûter tous les parfums en une seule bouchée. La maison Dalloyau met la recette au point au milieu des années 1950. C'est, dit-on, l'épouse du pâtissier qui lui trouve son nom, en hommage à la scène du grand Opéra de Paris, et aux danseuses qui fréquentaient la boutique.

Une histoire qui continue de s'écrire

Ce qui est intéressant, au bout du compte, c'est qu'aucune de ces pâtisseries n'est vraiment figée. Chacune est le fruit d'un voyage, d'une rencontre d'ingrédients, d'un pâtissier qui a osé essayer quelque chose de neuf. Le sucre venu de Syrie, le beurre noisette d'un couvent, la crème pralinée inventée pour une course de vélo : à chaque fois, une main, une intuition, un geste qu'on se passe de génération en génération.

Et c'est exactement ce qui nous anime, encore aujourd'hui. Derrière chaque viennoiserie et chaque gâteau, il y a ce même goût du travail bien fait : l'envie de faire durer un savoir-faire tout en le laissant respirer et évoluer. L'histoire de la pâtisserie n'est pas derrière nous : elle se poursuit chaque matin, dans le parfum du four qui commence à chauffer.

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Pain au chocolat ou chocolatine ? La petite histoire d'un grand débat